On me demande parfois qui célèbre la messe. La réponse vient toute seule : le prêtre. Elle est trop courte, et elle finit par devenir fausse. Les textes officiels disent autre chose, et ils le disent depuis soixante ans.
Ce que dit le Concile
Sacrosanctum concilium 7 pose la définition. Elle mérite d’être lue lentement.
toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré
Le sujet de la phrase n’est pas un homme. C’est le Christ, et son Corps qui est l’Église. Le numéro 26 du même texte enfonce le clou : « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est « le sacrement de l’unité » » ; elles appartiennent au Corps tout entier, elles le manifestent et elles l’affectent. Rien là qui autorise à réserver le verbe célébrer à celui qui porte la chasuble.
Quatre verbes, et un seul qu’on utilise
Le vocabulaire officiel est plus riche que le nôtre. Il travaille avec quatre verbes distincts, là où la conversation courante n’en garde qu’un.
- Célébrer : toute l’assemblée, clercs et laïcs.
- Présider : l’évêque ou le prêtre, et eux seuls (praesidere).
- Consacrer : conficere, réservé au prêtre.
- Concourir : chacun selon son ordre et sa fonction.
De là une conséquence de méthode, et elle est sévère : célébrer ne peut pas servir à distinguer les ministres, puisque les textes l’emploient des deux côtés. Les seuls verbes univoques sont présider et consacrer. Quand on entend dire que le prêtre célèbre et que le diacre sert, on a donc affaire à une opposition que les sources ne fournissent pas. On a pris un mot commun pour un mot propre.
Ce n’est pas une chicane de spécialiste. Le glissement se paie deux fois. Il fait de l’assemblée un public, puisqu’elle ne célèbre plus. Et il fait du diacre un demi-prêtre, puisqu’il célèbre moins.
Le diacre, et la tentation de le définir par ce qui lui manque
Les présentations du diaconat suivent presque toutes le même chemin. Statut canonique, formation, vêtement, puis la colonne des interdits : il ne consacre pas, il n’absout pas, il n’oint pas. Le portrait est exact et il ne dit rien. Une définition par soustraction ne définit pas ; elle situe.
Or les textes officiels disent que le diacre exerce dans la célébration un ministère propre, au premier rang après le prêtre. Propre, c’est-à-dire qui n’est ni une délégation ni un reste. Et Lumen gentium 29 ouvre la seule question qui compte vraiment : celle de la grâce propre du diaconat, ce que l’ordination donne quand elle ordonne diacre. C’est cette question-là qui reste le plus souvent sans réponse, quand elle n’est pas simplement laissée de côté.
Une remarque de vocabulaire encore, parce qu’elle éclaire tout le reste. Dire que le ministère ordonné est un service, et dire que le Christ serviteur fonde le diaconat, ce n’est pas dire deux fois la même chose. Dans le premier énoncé, service est un adverbe déguisé : il qualifie la manière dont l’évêque et le prêtre exercent une autorité. Dans le second, service est un substantif : c’est la chose même que le diacre signifie. Les deux se tiennent par analogie, pas par identité. Confondre les deux cléricalise le diacre ou dissout le prêtre en travailleur social.
Ce que l’assemblée y gagne
Le bénéfice n’est pas d’abord pour les diacres. Il est pour tout le monde. Si la célébration est l’action du Corps entier, alors concourir n’est pas assister. Le mot latin est modeste et exigeant : chacun apporte quelque chose selon son ordre et sa fonction, personne ne regarde. La liturgie mal comprise produit des spectateurs polis ; la liturgie bien comprise produit des acteurs situés.
Reste une question que je garde ouverte. Nous avons appris à distinguer les ministres par ce qu’ils font, parce que c’est facile à mettre en tableau. Que se passerait-il si nous les distinguions par ce qu’ils signifient ? La réponse changerait moins l’ordre des places que le sens de l’assemblée entière.